Franck, n’hésites
pas à t’étaler… plus j’aurais
de matière, plus l’interview sera riche ! Au
fait, merci de me rappeler quelle place tu occupes dans le
groupe ! Allez, on s’y jette !
Franck Dadure : Sax
soprano/ clarinette turque / chanteur…
Que signifie «
Tobrogoï » ?
Tobrogoï est un mot pêché
dans le premier album des «saints sauveurs» notre
premier groupe de chanson française , que nous avons
mis en vacances le 1° janvier 2000 pour monter les «
Tobrogoï », un groupe exclusivement musical, avec
très peu de paroles, puisque nous avons estimé
avoir dit tout ce qu’il y avait à dire d’intéressant
dans les 2 albums des St sauveurs…
Tobrogoï est un verbe irrégulier hongrois qui
signifie littéralement « aller quelque part à
mobylette » par exemple : " je vais à Paris
à mobylette" se dit : « tobrogoï 75
» tout simplement…
Comment cette belle et «périlleuse»
aventure a-t-elle démarré ?
A minuit pile, au fond de la montagne
pyrénéenne ou les St sauveur étaient
en cure de désintoxication du cerveau, le traitement
par les fumigations ayant fait de l’effet, nous nous
sommes écriés :Tobrogoï !
Avons jeté nos vêtements dans le feu, refusé
de passer l’an 2000 avec tout le monde, ou du moins
partiellement, nous sommes habillés élégamment,
avons appris à jouer instantanément de nouveaux
instruments avec une pilule spéciale, et sommes derechef
sortis dans la rue du village pour mesurer notre talent tout
neuf, l’effet à été immédiat
: les gens se sont mis nus dans la rue et ont dansé
tout de suite !
J’emploie le mot « périlleux
» car chacune de vos prestations comporte 2 phases,
notamment un show musical de jour que vous effectuez à
fond les manettes en mobylette, transportant ainsi votre groove
sauvage là où bon vous chante ! En quoi est-ce
important pour vous de jouer aussi dans la rue ?
L’autre histoire des Tobrogoï
dit que nous sommes 5 frères et un cousin qui ont été
élevés dans un garage par leur père,
à la dure, leur mère s’étant enfuie
pour causes de violence conjugale et d’alcoolisme du
père…. Après avoir assommé le père
indigne et violent avec une clé à molette, les
Tobrogoï ont décidé de retrouver leur maman
chérie en parcourant la terre à mobylette, et
en jouant à tous les endroits possibles pour que leur
mère qui connaît leur musique puisse les entendre
si par hasard elle était dans le coin…
C’est pour ça que nous jouons dans la rue…
Les Tobrogoï ont tous un tatouage « à ma
maman chérie» avec une fleur sur le bras, sauf
le cousin qui à un tatouage « a ma tantine d’amour
», normal puisque c’et son neveu puisque c’est
le cousin.
Quels meilleurs moments
(et les plus fous !) retenez-vous de ces déambulations
clownesques gorgées de cascades ?
Aucuns, ces cascades sont très
dangereuses, et nous sommes souvent blessés à
la fin des spectacles, la douleur faisant partie de notre
quotidien….
Néanmoins notre cascade préférée
est le saut au dessus de 5 femmes avec une mobylette enflammée,
c’est Herbert qui fait cette cascade, il a eu plusieurs
fois les pieds carbonisés, mais les 5 femmes, à
chaque fois, elles en sortent vivantes, et on leur offre des
rince-doigts Vatlavek, les meilleurs, gratuitement.
Comment organisez-vous
vos déplacements avec 6 mobylettes et tous vos instruments
?
Il y a 3 chefs dans les Tobrogoï
:
Celui qui sait lire regarde la carte routière, c’est
Herbert, mais des fois il se trompe et ne nous emmène
pas toujours au bon endroit…
Il est bête comme ses pieds…
Celui qui sait compter fabrique le mélange pour faire
le carburant, c’est très compliqué, il
y a des histoires de pourcentage, tout ça…, ça
c’est Ritok qui s’en charge, il est très
fort en calcul, mais c’est tout…
Pour le reste il est pas très malin…
Et celui qui sait écrire écrit des cartes postales
le long de la route pour donner notre position aux journalistes
: ça c’est Jakypassion qui s’en occupe
, il a appris à écrire de force, à coups
d’électrochocs, c’est pour ça que
ça l’énerve quand il écrit.
Et puis il a pas inventé la poudre non plus…
Quant aux autres, Elliottre, Cratère, Monobloc, Muscasek,
ils ont pas inventé le fil à couper le beurre
non plus, ils suivent sans rien dire…bêtement…
c’est comme ça qu’on se déplace…
Parlons maintenant
de votre irrésistible et très dansant «
tziganafricansound ». Pouvez-vous nous en dévoiler
la recette ?
Comme son nom l’indique
le tziganafricansound est un mélange de thèmes
d’inspiration tzigane, et de rythmes afro beat, pour
la base de la recette…. Mais attention ! on ne peut
pas faire n’importe quoi, et il est absolument nécessaire
de faire intervenir du jazz dans la composition, sinon celle-ci
ne monterait pas en température (le « hot »
tziganafricansound ) en groove et en improvisation…
l’improvisation est une part essentielle du show des
Tobrogoï, elle permet de libérer son corps, au
public de se mettre nu et de rechercher la jouissance corporelle
et auditive lors de nos concerts, libération des sens
par la danse, élévation de la température
du corps, et enfin orgasme, qu’il soit physique ou mental.
(garanti à chaque concert !)
Votre premier album « Nikilitipoï
» est sorti fin septembre 2003 chez Crossing Records.
C’était primordial pour vous d’enregistrer
un LIVE plutôt qu’un album studio ?
En fait il s’agit
d’un live enregistré en studio… par «
live », on veut dire par là que nous n’avons
fait aucune piste de re-recording… comme dans un concert
nous avons enregistré tous ensemble, dans la même
pièce, dans un excellent studio , sur du matériel
vintage (un bon gros magnétophone à bande 16
pistes, des micros à rubans de la BBC des années
60…) ce qui donne à notre album ce son doux et
chaud caractéristique des enregistrements des années
60 dans le jazz, mon rêve aurait été de
le sortir en vinyle, je trouve que c’est le format idéal
pour pouvoir s’exprimer graphiquement… mais beaucoup
de gens ont effectivement passé l’an 2000, et
n’ont pas gardé leur platine, on le voit bien
quand on va chez quelqu’un… le tiroir des cd est
trop petit pour faire rentrer même un 45 T, ça
ne marche pas bien, c’est peut être le saphir
qui est usé, et dans ce cas-là il faut changer
la membrane du pavillon du gramophone, saviez vous que les
Tobrogoï peuvent tout réparer ? machines à
laver, chaîne hi-fi, carburateur dell-orto, bétonneuse,
poste de radio, petit électroménager, moteurs
diesel jusqu’a 130 chevaux, tous travaux de toitures,
ramonage de cheminées, plomberie générale
et gros œuvre, fabrication de sous vêtement en
cuir solide, réparation des bottes des dames…
toutes sortes de choses…
Etes-vous satisfaits de son impact ?
Avez-vous d’autres projets en cours ?
Le mot impact est un peu violent…
Cet album n’en est qu’a ses débuts, mais
il commence à s’étendre et à faire
parler de lui… nous n’avons pas de plan promo
de grosse major, crossing records n’étant pas
universal (comme son nom l’indique), mais "nikalitipoï"
est de plus en plus demandé, et commence à passer
sur pas mal de radios, et c’est appréciable quand
on est musicien, de s’apercevoir que son album plait
pour la musique qu’il y a dedans, et pas grâce
à un matraquage éhonté à coups
de kilos-euros dans la poche de programmateurs véreux
qui passent leur vie aux seychelles ou faisant du tourisme
sexuel avec l’argent gagné en signant des contrats
d’éditions à de pauvres auteurs qui vivent
dans des cabanes sans eau ou electricité, se nourrissant
de croquettes, les privant ainsi de leurs droits d’auteurs
en leur volant leur œuvre, tout cela sous couvert de
la dénomination de « directeur artistique »,
un métier qui a disparu depuis bien longtemps, comme
le rémouleur, le vitrier…
Notre prochain projet est
la sortie d’un live, en public cette fois, qui est déjà
enregistré, et qui donne toute la mesure des Tobrogoï
sur scène, l’énergie, l’improvisation
et l’esprit débridé du tziganafricansound.
Nous projetons aussi de
filmer les aventures des Tobrogoï, des scénarios
sont en cours d’élaboration, un petit clip à déjà été fait à
titre d’essai et nous a confirmé dans l’idée
que les Tobrogoï doivent faire du cinéma, remporter
des palmes et des césars, et voyager autour du monde
pour emmener des japonaises, des hollandaises, des canadiennes,
des égyptiennes, des norvégiennes, des maliennes,
des lapones, des iraniennes, des ceylanaises, des surinamiennes,
des austro-hongroises, des suissesses, des lettonnes, et toutes
les femmes du monde faire un tour de mobylette…
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